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Entretien avec le CCIF

Les débats autour du burkini se poursuivent en France

MarwanMuhammadLe directeur exécutif du CCİF Marwan Muhammad: « Défendre cette interdiction c’est croire que la République est menacée par les femmes musulmanes qui veulent nager. »

La France s’est installée dans l’actualité internationale après l’interdiction du port du burkini dans certaines villes littorales. Cette réglementation et les contraventions dressées humilient les femmes musulmanes et provoquent l’inquiétude du monde musulman. Ce qui est d’autant plus préoccupant c’est que l’ordre public et la laïcité aient été avancés comme motifs pour justifier l’interdiction. A travers ces polémiques, nous pouvons affirmer qu’une pression s’exerce sur la communauté musulmane de la part des médias, des intellectuels et des personnalités politiques.

La France fait partie des pays européens où le nombre de musulmans est le plus important. Toutefois, les polémiques ne cessent d’être alimentées autour du financement du culte, de la pratique religieuse, des lieux de culte, du voile ou de la formation des imams depuis plusieurs années. Dans ce contexte, le Collectif Contre l’İslamophobie en France lutte pour le respect des droits des musulmans dans le pays.

Alors que l’actualité continue de se focaliser sur le burkini, nous avons décidé de discuter des récents événements avec un membre du CCİF qui est à l’origine des recours intentés contre les arrêtés litigieux. Notre invité aujourd’hui est donc le Directeur Exécutif du Collectif Contre l’İslamophobie en France Marwan Muhammad.

• En ce moment des débats ont lieu en France à propos du burkini. L’interdiction qui le concerne a été motivée par la nécessité de maintenir l’ordre public et le principe de laïcité. L’association que vous représentez suit de près la procédure juridique en cours. Les motifs avancés sont-ils satisfaisants d’un point de vue juridique ? Existe-t-il des dispositions restrictives similaires en France ?

On assiste à un non-sens total du point de vue du droit. Tous les motifs invoqués, de l’ordre public à la laïcité en passant par les questions de sécurité, montrent à la fois l’absence de cohérence puisqu’ils sont contradictoires, mais également la volonté délibérée de viser les femmes musulmanes portant un foulard et de les problématiser, en les liant, de fait, à un danger sécuritaire puis en interprétant de manière abusive la laïcité pour légitimer, une fois de plus, leur exclusion. 18 villes françaises ont déjà pris des arrêtés de la sorte, cédant aux pressions politiques de l’extrême droite et franchissant un point de non-retour dans la stigmatisation des femmes musulmanes. La situation est gravissime.

• L’Observatoire de la Laïcité a déclaré sur son compte Twitter officiel que le principe de laïcité ne pouvait fonder une telle interdiction. Il a aussi été affirmé que le droit était instrumentalisé pour dissimuler des motivations islamophobes. La Ministre du droit des Femmes Laurence Rossignol a décelé dans le port du burkini une intention de provoquer. Tandis que le Premier Ministre Manuel Valls, tenant une position similaire, a déclaré que cette tenue ne pouvait se concilier avec les valeurs de la France et de la République.

A la lumière de ces déclarations et des différentes dispositions en vigueur, que pensezvous de l’extension des restrictions à la liberté religieuse dans l’espace public ?

D’une part, on a l’Observatoire de la laïcité, l’organe le plus légitime à se prononcer sur le sujet, qui rappelle qu’il n’y a pas de « question de laïcité » à la plage. Celle-ci concerne le service public, pas les simples citoyens, encore moins des femmes qui ne souhaitent que circuler librement et accéder à des installations publiques théoriquement ouvertes à toutes et à tous. C’est l’évidence du droit.

De l’autre, on a une ministre, Laurence Rossignol, qui nourrit une obsession vis à vis des femmes portant un foulard, allant de déclaration outrancière en surenchère politique. Rappelons que cette dernière s’est faite connaître en comparant les femmes voilées à, je cite, « des nègres qui soutenaient l’esclavage ». Des propos qui lui ont valu un procès de la part de notre organisation, en partenariat avec la Fondation Frantz Fanon et des centaines de personnes qui se sont senties heurtées par de tels propos.

Quant au premier ministre Valls, il est coutumier des polémiques suite à des déclarations sur les Noirs, sur les Roms et sur les musulmans. Il est, au niveau institutionnel, celui qui a le plus œuvré pour la stigmatisation et l’exclusion des musulmans, normalisant ainsi les idées d’extrême droite dans un champ politique aux apparences consensuelles. Il a rendu l’islamophobie politiquement acceptable, au plus haut niveau de l’Etat.

Dès lors, le CCIF est en première ligne pour combattre ces dérives politiques et réaffirmer la force du droit, dans la préservation des libertés les plus fondamentales. Celles qui fondent la devise française, que nous sommes si prompts à promouvoir aux quatre coins du monde, sans nécessairement être capables de la mettre en œuvre sur notre propre sol.

• La France a fait l’objet d’attentats terroristes sans précédent au cours des dernières années. Les maires font référence au contexte post-attentat dans leurs arrêtés. Si bien que des événements dont l’enquête se poursuit ayant provoqué la blessure de plusieurs personnes ont eu lieu en Corse. Quel peut être l’apport de l’interdiction du burkini pour le maintien de l’ordre et de la sécurité publics ? Une telle interdiction était-elle indispensable ?

Aucun. Sauf à croire que la république est menacée par des femmes musulmanes en baignade. C’est une pure interprétation politique destinée à masquer l’échec des partis actuels à proposer un projet rassembleur. Cette interdiction est inutile sur le plan objectif, mais essentielle sur le plan populiste : elle permet d’éviter tout débat sur les problèmes de fond qui traversent notre pays, en désignant pour cible des femmes musulmanes qui n’ont rien demandé. Ces décisions libèrent un sentiment raciste jusque-là contenu par les limites de la loi, en le légitimant par des mesures politiques liberticides. En ce sens, l’ampleur de la polémique autour du « burkini » est un indicateur de l’échec des élites politiques françaises, trop occupées à débattre de sujets périphériques plutôt qu’à améliorer nos conditions de vie ou à résoudre nos problèmes économiques.

• « Le Point » a réalisé un sondage demandant aux lecteurs de répondre à la question suivante : le port du burkini doit-il être interdit dans toutes les plages françaises ? 90% des sondés ont répondu positivement. Même si ce pourcentage ne représente pas la globalité de l’opinion publique française cela reste un pourcentage très élevé.

Au regard de votre expérience et des réactions dont vous avez pu être témoin pouvezvous nous informer sur l’approche de la société française relative au débat en cours ?

Ces sondages ne me surprennent pas. Ils n’ont pas la moindre validité scientifique, puisqu’ils sont basés sur des méthodologies biaisées, que ce soit dans l’échantillonnage comme dans le cadrage des questions. Au mieux, ils mesurent la performance d’un système politique et médiatique qui, à longueur d’année, problématise les musulmans. A force de matraquer que les musulmans sont un « danger », une « menace pour notre identité », il est logique que les personnes interrogées reproduisent les discours et les idées qui leur ont été si régulièrement distillées.

Dans le monde réel, les choses se passent autrement. Il existe aujourd’hui en France un front de plus en plus large contre l’islamophobie. Les gens ne tombent pas dans le piège politique qui leur est tendu par des élites totalement dépassées. C’est ce qui explique l’ampleur des soutiens qui rejoignent notre organisation. Dans les dernières semaines, ce sont près de 7000 personnes qui ont rejoint notre association, portant le nombre d’adhérents à près de 10000. Nos pages sur les réseaux sociaux sont saturées de commentaires de soutiens et nous recevons des centaines de nouveaux bénévoles qui viennent renforcer nos équipes. De toutes les régions, de toutes les appartenances, de toutes les religions, de tous les métiers.

C’est un moment historique qui montre que le CCIF est la première ligne de défense contre le racisme et le populisme qui menace notre pays. Il est un acteur indépendant, respecté et craint, sur le plan national et international, légitime auprès des musulmans de toutes tendances et de toutes origines, ce qui explique l’ampleur des attaques que nous recevons de la part des groupes d’extrême droite et, symétriquement, l’ampleur des soutiens de la part de tous ceux qui veulent une société française apaisée, rassemblée, fraternelle.

• Nous constatons que les interdictions concernent des villes du Sud de la France. Comment peut-on expliquer qu’elles ne soient pas d’actualité dans des villes côtières du Nord ou de l’Ouest de la France ? Existe-t-il une différence dans la pratique religieuse des musulmans du Sud de la France et des musulmans des autres régions ?

Il existe un électorat d’extrême droite très fort dans cette région. C’est pour satisfaire cette frange de la population que certains maires du littoral méditerranéen ont initié ces polémiques contre le « burkini », sans même réellement savoir de quoi ils parlaient. On a assisté ensuite à une contagion islamophobe, à partir du moment où d’autres maires, parfois dans d’autres partis, se sont sentis encouragés dans leur volonté d’exclure les musulmanes sans en payer le prix politiquement. Il n’y a pas de différence fondamentale dans la pratique religieuse des musulmans en fonction des régions, mais il y a un contexte politique différent, qui rend plus ou moins aisé le basculement islamophobe, en fonction de l’électorat.

• Lorsqu’il est question du style vestimentaire des musulmanes en France, le débat se déporte systématiquement sur la question de l’égalité des sexes. Pouvons-nous affirmer qu’il existe, d’une manière générale, un véritable problème d’égalité homme/femme en France ? Plus particulièrement quelle est la situation des femmes musulmanes dans ce cadre-là ?

Les femmes restent une partie de la population qui n’a pas accès aux mêmes opportunités, souffrent de graves inégalités (salariales et autres), sans parler des violences dont elles font l’objet, qui restent une préoccupation de premier plan dans le pays. Le fait qu’elles appartiennent à des groupes éthno-culturels et/ou religieux différents (Roms, Noires, musulmanes, Arabes, etc.) peut ajouter des marqueurs de discrimination. On appelle cela l’intersectionnalité. En d’autres termes : certaines discriminations sont à la fois sexistes, racistes ET islamophobes. C’est ce qui rend la situation particulièrement problématique pour les femmes musulmanes voilées, qui font face à des barrières supplémentaires.

Le CCIF compte 80% de femmes parmi ses équipes et veille, dans tout son travail, à les placer au centre de la dynamique, puisqu’elles sont les premières visées par ces discriminations. Notre directrice juridique, notre responsable de l’accueil des victimes, nos juristes, notre cheffe de projet, sont ainsi des femmes, amenées à intervenir, dans le travail opérationnel comme dans des rôles de représentation et, bien entendu, dans la prise de décision.

Il n’en demeure pas moins que, plus largement, la condition des femmes reste un sujet sur lequel notre société a du mal à évoluer et, plutôt que d’œuvrer à la mise en capacité de toutes les femmes, on se concentre à problématiser celles qui, parmi elles, portent un foulard.

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Hakkımızda

1492-1789 tarihleri arasında yaşanan gelişmeler neticesinde oluşan modern ulus devletlerin neredeyse hiçbiri etnik ve kültürel anlamda homojen bir yapıdan oluşmamaktadır. Bu durumun, en temel sebeplerinden biri olan göç olgusu, uluslararası ilişkilerde veya ikili ilişkilerde yeni bir fırsat penceresi açmakta ve bu konuda yapısal adımların atılmasını zorunlu kılmaktadır.

Ulus ötesi kimliklerin ulusal devletler için hayati bir fırsat oluşturduğu bir dönemde, Türkiye vatandaşlarının göç tecrübesinin birçok açıdan derinlikli araştırılması elzemdir. Bu kapsamda Göç Araştırmalar Vakfı’nın amacı; yapacağı araştırmalar ve akademik çalışmalar ile Avrupa başta olmak üzere yurtdışında yaşayan Türkiyeli göçmenlerin, sosyal, kültürel ve siyasi sorunlarını, katılım problemlerini ve asimilasyon tehdidini anlamak, çözüm ve karar mekanizmaları için bilgi üretmek ve bu amaçlar doğrultusunda kamuoyu oluşturmaktır.

Vakıf ayrıca, ulusal ve uluslararası alanda sosyal, siyasi, hukuki ve ekonomik araştırmalar yapmayı, yaptığı çalışmalar ile ürettiği bilgiyi ve sonuçları ulusal ve uluslararası kamuoyuna sunmayı, çözüm odaklı çalışmalar yapmayı ve uygulayıcı ve sorumlu mekanizmaları bilgilendirmeyi hedeflemektedir.

Söz konusu amaçları gerçekleştirebilmek için araştırma enstitüleri kurulacak ve bu amaçlara uygun olarak araştırma yapmak için kurullar ve çeşitli uzmanlık komisyonları oluşturulacaktır. Bunun yanı sıra, vakfın ana temasını oluşturan göç ve diaspora çalışmaları hakkında bilimsel araştırmalar ve incelemeler yapılacak ve yaptırılacaktır. Ayrıca ulusal ve uluslararası, yurt içinde veya yurt dışında toplantılar, açık oturumlar, brifingler, konferanslar, seminerler, paneller, sempozyumlar, kongreler vb. düzenlenecek ve bu amaçlarla uyumlu ders, seminer ya da kurslar düzenlenecektir.

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